La première ascension du Pelvoux en 1828Guillaume CHRISTIAN - 28/11/2011
En juillet 1828, le capitaine Adrien Armand DURAND, polytechnicien en charge de la géodésie du sud est de la France, arrive à Vallouise. Il cherche deux "guides" pour l'emmener "là haut" : le Mont Pelvoux. Il va faire cordée avec Liotard et Mathéoud, deux paysans de la vallée, sans doute chasseurs de chamois émérites, montagnards au pied sur assurément.
Il est frappant de voir avec quelle intelligence ces deux guides en 1828 au Pelvoux ont trouvé un chemin évident, jamais difficile, pour atteindre le plateau sommital. A l’ombre le matin, le couloir Coolidge est raide, monotone, austère, dangereux aux heures chaudes de la journée lorsque le soleil y darde ses rayons. Il demanderait, avec le matériel de l’époque, de s’employer à tailler des marches des heures durant. Le glacier des Violettes, lui, est exposé aux chutes de glace, présente des labyrinthes de crevasses perfides face auxquelles des cordes en chanvre nouées à même la taille sont de piètre protection.
Les Rochers Rouges sont ensoleillés, jamais difficiles, sans danger excessif même aux heures chaudes de l’après midi. La seule barrière glacée pour les atteindre au 19 ° siècle est ce fameux Glacier du Clot de l’Homme qu’il faut traverser en taillant des marches dans la glace. Mais il ne présente guère de ponts de neige trompeurs, sa glace est franche, et sa traversée de courte durée. Au sommet des Rochers Rouges, il ne reste plus qu’à évoluer sur un glacier relativement débonnaire qui oppose certes quelques crevasses incontournables, mais d’extension modeste. Assurément, les guides de haute montagne de 1828 étaientt des précurseurs et de grands connaisseurs de leur montagne : ils ont su mener à la cime leur premier «voyageur», en sécurité, par un itinéraire qui reste aujourd’hui le moins technique et le moins exposé aux dangers objectifs.
Liotard et Mathéoud ont su gagner la confiance et l’estime du capitaine Durand qui, deux ans plus tard, les a sollicités afin de l’accompagner pour la seconde ascension, qui fut la réelle expédition scientifique. A cette occasion, un autre guide, Pierre Antoine Barnéoud, est mandaté, ainsi que des porteurs. Deux ans d’existence et déjà la profession s’organise : guides, porteurs...